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mardi 11 février 2014

Houlgate: huit jours en hiver

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Sur fond de gris métal, de gris bleuté, de gris nuageux, de superbes villas blanches, roses et rouge carmin, aux balustrades de bois, aux corniches de dentelle et aux escaliers de pierre, s'alignent élégamment au delà des modes et du temps. Elles portent des noms évocateurs tels Villa Les Embruns, Villa Les Mouettes, Villa Bel Ombrage, Villa Suzanne ou Villa Les Lierres... et elles longent une plage de sable, plage sans fin se perdant dans la brume ou soudain s'achevant aux pieds des falaises sombres des Vaches Noires.


Sur ce no man's land, agité par des rafales de vent et de sable, quelques promeneurs comme égarés, et dans leurs pensées et dans cette tempête, marchent et lèvent parfois les yeux vers des mouettes dansantes ou des cerfs volants claquants dans l'air avant de se poser ou de s'abattre devant le Casino où, face à la mer, chante La Môme à la séance de 18h15, ce lundi là; nous sommes à Houlgate, sur la Côte Fleurie.


On ne peut découvrir de nouvelles terres sans consentir à perdre de vue le rivage pendant une longue périodeAndré Gide (1869-1951)


Texte de caroline_8 et photos de caroline_8

samedi 8 février 2014

Dans les allées, nos pas...

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C'est grande tempête sur la ville, ce matin-là; les deux sœurs ont pourtant rendez-vous... l'une a pris le train pour quitter sa province, l'autre simplement le métro et toutes deux, de connivence, se retrouvent là, au bout de cette belle voie plantée d'arbres et ornée de deux bassins, que l'on appelle l'avenue de Breteuil, dans le VIIème arrondissement de Paris.

...en hiver, les pelouses étaient recouvertes de neige, un bonhomme de neige, plus grand que moi, s'élevait au bord de l'allée de terre et je me rappelle avoir fait des boules, maladroitement, avec mes petites mains gantées de laine. Au printemps, je faisais de la trottinette... rouge, elle était rouge... La grande raconte à la petite qui, à cette époque, marchait à peine .

Au pied de la guérite, les deux sœurs font face à la petite librairie, au 57, de cette avenue; la librairie de la grand-mère et du grand-père, l'immeuble de quatre étages au dessus, les deux fenêtres du petit appartement où la petite a fait ses premiers pas, où le grand frère les a initié au jeu des cow-boys et des indiens, où ils découvraient les coloriages de pages blanches qui laissent apparaitre leur mystérieux dessin lorsqu'un crayon les gribouille...

Cela fait trente quatre ans, revenues d'Afrique, qu'elles n'osaient pas... et c'est d'un pas ferme et décidé, qu'elles franchissent la porte vitrée de la librairie. Les pas du présent dans ceux de l'enfance.

Texte et photo de caroline_8

mercredi 7 septembre 2011

Tout ce que le poète et le peintre peuvent rêver,

la nature l'a créé en cet endroit. G. Sand
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16 août 1982: arrivée à Palma de Mallorca, 14h15 du vol IB 491
20 août 1982 : Valldemosa
Visite à la Chartreuse et de ses jardins où vécurent Chopin et Georges Sand durant l'hiver 1838-1839. Indisposée par les touristes, j'ai su m'isoler quelques brefs instants et capturer en photos, l'ombre et la lumière, l'entre-deux portes, la voûte et le passage... vers la solitude, la retraite si dûment désirée.


21 août 1982 : le soir, chambre 216, hôtel Eden à Puerto Soller
Ce matin, inspirée par les mots et la couleur, j'ai acheté un carnet et des crayons. Auparavant dans la petite église de Deya, perchée sur son rocher, j'avais écouté une jeune femme jouer de son piano noir ; elle s'exerçait pour son concert du soir. Elle jouait, me semblait-il pour moi; pas vraiment, une femme du village composait des bouquets de feuillages verts, d'œillets roses et d'œillets blancs. Et moi, dans l'obscurité un peu à l'écart, j'écoutais. Au creux de mon être: un désir vague et précis à la fois de trouver la paix avec moi-même. Faim de calme mais pas d'oisiveté comme j'ai cru en avoir besoin à mon arrivée sur l'ile. La musique, les statues de saints et la promenade - parmi les pierres tombales du cimetière de Deya où sont enterrés parmi les espagnols, quelques touristes anglais et allemands venus s'échouer ici et ainsi terminer le voyage de leur vie - cet instant de solitude et de recueillement m'ont apaisée. Redescendue au village, tout naturellement j'ai choisi dans la petite épicerie-bazar, le cahier de dessin et les couleurs.

Soller : A l'arrêt du car, un homme en est descendu ; ce sud-américain a pour tout bagage son chevalet pliant et un vieux chapeau. Le peintre maigre et sec, la peau brûlée par le soleil, descend le long des criques pour y trouver sa substance. C'est avec une pointe d'envie que je l'ai suivi des yeux : il semble léger et libre. A t'il trouvé ce qu'il cherche, ce dont il a besoin pour donner un sens à son existence? Mais maintenant que je possède le moyen de créer, le temps m'est compté. Demain pour le dernier jour, j'ai décidé de passer la journée en pleine nature : face à la mer, à la Cala de Deya, petit port de pêcheurs.


22 août 1982 : Cala de Deya
Seule à descendre du car, sur la route de Deya et Valldemosa, seule face à un sentier surplombant la mer cachée par la falaise et les pins, seule bien que le chauffeur majorquin à qui j'avais demandé de me déposer à une crique, me faisait signe : la mer étant par là... Tant bien que mal, j'amorçais la descente très vite raide ; les cailloux roulaient sous mes pieds, puis il n'y eut plus de sentier et je me retrouvais sur un promontoire rocheux. Assailli par des vagues grondantes et écumantes, le gros caillou glissant ne permettait pas l'accès à une plage d'ailleurs inexistante. Immobile et pétrifiée, je pris conscience de mon infinie solitude, du danger à chuter de ce plongeoir et pensais que les miens à Paris n'auraient jamais rien su de ma disparition. C'est avec crainte mais prudence, que tout doucement je fis marche arrière, posant délicatement mes pas puis m'accrochant fermement au taillis, je remontais vers le chemin. Avec le sentiment que l'on s'était moqué de l'étrangère, je suivis la route et quelques 2 ou 3 km plus loin et plus bas, je découvris la Cala de Deya où je passais l'après-midi à me remettre de mon émotion.

23 août 1982: décollage de Palma de Mallorca, 16h 05 du vol IB 492

Texte de caroline_8 [tiré de mon Journal - Août 1982] à mettre en parallèle avec l'extrait du texte Un hiver à Majorque de Georges Sand et peinture de Lisa Hooper et de Malcolm Ludvigse

mardi 30 août 2011

D'une âme voyageuse et sans masque dans Venise

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Le Simplon Express roule de nuit et au matin, il traverse la lagune, s'arrête en gare de Santa Lucia et au bas des longues marches, Venise se réveille... Nous sommes le 8 mai 1983.

Venise, le 11 mai 1983 - 12 heures trente

San Maria della Salute, au bord du Grand Canal, n'ouvre qu'à 15h... Venise est devant moi, le vent est doux, le soleil rassurant. Ce voyage-ci, le besoin d'écrire se fait moins tenace ; j'ai envie par petites touches d'eau colorée, de mettre sur du papier blanc, ce que je vois, sens, entends, ce que je vis avec beaucoup de plaisir. Ce plaisir que je m'offre, seule. Sereine depuis que je vis seule, sans un homme gardien qui s'en le vouloir sans doute, m'empêcherait d'aller au-delà de moi, de nous. Depuis je ne cesse de découvrir, de mieux comprendre les autres et l'ailleurs ; ce qui me fait naître, construire ma vie avec l'espoir qu'un jour, elle croise celle d'un homme, mon égal avec lequel je ferai un bout de chemin... il ne sera peut être qu'une étape du voyage ! Pourquoi assise sur les marches della Salute, le regard tourné vers le Palazzo Ducale et son pont des Soupirs, pourquoi mon esprit est occupé par ceux qui ont bien ou mal partagé mon existence ? C'est que Venise est pleine de ces couples qui misent toute leur destinée sur cette entente, si douce mais si fragile, acquise ici. Or Venise n'est pas qu'une ville d'amour, c'est une voix tonitruante au teatro La Fenice, c'est l'ocre rouge passion des murs, c'est le vert croupi et ennuyeux des canaux, c'est le vent séduisant du large, c'est un tableau de la vie à feu et à sang, rien à voir avec le quotidien appelé à vivre, après la lune de miel.



Maria della Salute -1913- John Singer Sargent
Isola di San Michele, le 13 mai 1983 - 13 heures trente
Le vaporetto n°5 me dépose, pour ainsi dire, seule sur l'île ; à cette heure, ils sont occupés à repérer une terrasse au soleil printanier pour siroter un san pelligrino ou déguster des pâtes. Je traverse le cimetière muré de briques roses et couvert de cyprès vert; la promenade parmi les tombes vénitiennes, fleuries et très m'as-tu vues, m'est indifférente mais je suis séduite par le cimetière évangéliste où sont enterrés des anglais et des allemands, où plus jamais personne ne vient leur rendre visite. Des arbres du voyageur poussent depuis leurs sépultures ; ce sont leurs âmes voyageuses qui ne veulent pas reposer ici, à Venise et qui s'élancent vers l'ailleurs. Dans le cimetière orthodoxe, c'est pareil ; seule la tombe de Diaghilev, petit monument gris et celle de Stravinsky, marbre fleuri ont leurs visiteurs attitrés. Si j'étais riche ou si le hasard voulait que ma vie s'arrête là, à Venise... j'aimerais être enterrée sur l'île de San Michele, du côté des étrangers. Tout au bout de la grande allée, les murs roses sont percés de trois larges grilles noires qui laissent apparaître la lagune et au loin dans la brume, Venise la bruyante, Venise la vivante me rappelle que je n'ai encore que 32 ans.



Vaporetto 1 - 1000 lires, Teatro de la Fenice - 9000 lires, Hôtel Ala pourboire - 500 lires, Vaporetto 1 - 1000 lires, Dell'Accademia - 2000 lires, Teatro pourboire - 500 lires, Peggy Guggenheim - 3000 lires, Timbres - 3250 lires, Scuola Grande di Rocco - 2000 lires, Eglise dei Frari - 300 lires, Vaporetto 5 - 1200 lires, San Giorgio Maggiore - 1000 lires, Vaporetto 5 - 1200 lires, Masque de Venise - 20 000 lires, Vaporetto 6 - 2000 lires, Vaporetto 1 - 1250 lires

Un mois plus tard, le 11 juin 1983 dans Paris, je rencontrais le père de mes trois filles.

Texte de caroline_8 [du journal de mai 1983]